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8 juin 2026

Souveraineté industrielle : pourquoi la prochaine bataille se gagnera dans les usines

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Les crises successives de ces dernières années ont profondément changé la manière dont les industriels appréhendent la performance. La pandémie de Covid-19, les tensions géopolitiques, la guerre en Ukraine, les difficultés d'approvisionnement ou encore les ruptures technologiques ont mis en lumière une réalité longtemps sous-estimée : une industrie performante n'est pas uniquement une industrie innovante. C'est une industrie capable de produire, d'adapter ses capacités et de sécuriser ses approvisionnements dans la durée.

Cette question était au cœur du Forum by Aerospace Valley 2026 organisé à Biarritz, dont le thème était particulièrement révélateur des préoccupations actuelles du secteur : « Souveraineté et innovation : ensemble pour gagner les compétitions mondiales ».

Aux côtés des grands acteurs de l'aéronautique, du spatial, du drone et de la défense, OPEO a participé à ces échanges avec David Machenaud, président et associé fondateur, et Clément Niessen, associé en charge de la Business Team Usine Excellence et des sujets Data & IA.

Au-delà des prises de parole et des retours d'expérience, une conviction forte s'est imposée tout au long de l'événement : la souveraineté industrielle ne se décrète pas. Elle se construit dans la capacité des entreprises à transformer leurs ambitions stratégiques en réalité opérationnelle.

La souveraineté n'est plus seulement un sujet politique

Pendant longtemps, la souveraineté a été abordée principalement sous l'angle des programmes stratégiques, des décisions gouvernementales ou des capacités militaires. Aujourd'hui, la question se pose différemment.

Les débats ont montré que la souveraineté est devenue un enjeu industriel à part entière. Une filière ne peut être considérée comme souveraine que lorsqu'elle maîtrise sa capacité à concevoir, produire, faire évoluer et soutenir ses systèmes dans le temps.

Cette réflexion est particulièrement visible dans le domaine des drones. Les industriels ont souligné l'évolution rapide du marché, qui s'éloigne progressivement du modèle historique des grandes plateformes coûteuses conçues pour durer plusieurs décennies. Les cycles de développement s'accélèrent, les technologies évoluent plus rapidement et les volumes de production deviennent un facteur déterminant de compétitivité.

Cette transformation impose aux industriels de repenser leurs modèles. Innover ne suffit plus. Il faut désormais être capable d'industrialiser rapidement, de produire à grande échelle et d'adapter continuellement ses capacités.

Autrement dit, la souveraineté passe désormais autant par l'usine que par le bureau d'études.

Les dépendances technologiques restent un défi majeur

Les échanges ont également mis en évidence la persistance de nombreuses dépendances critiques. L'électronique demeure l'un des exemples les plus marquants. Malgré l'excellence des acteurs européens, les chaînes de valeur restent fortement mondialisées et certaines briques technologiques demeurent largement concentrées en Asie ou aux États-Unis.

Le même constat s'applique désormais au numérique. Cloud, infrastructures de données, intelligence artificielle, cybersécurité : autant de domaines devenus stratégiques pour les filières aéronautique et défense.

Les interventions de la DGA ont rappelé que la maîtrise des technologies ne se limite plus aux systèmes physiques. La capacité à contrôler les données, les infrastructures numériques et les outils utilisés tout au long du cycle de vie des produits devient un enjeu de souveraineté à part entière.

Cette évolution traduit un changement profond : les dépendances industrielles ne concernent plus uniquement les matières premières ou les composants. Elles concernent également les données, les logiciels et les services numériques qui structurent désormais l'ensemble des opérations industrielles.

L'excellence opérationnelle redevient un avantage stratégique

L'un des enseignements les plus intéressants du Forum concerne le retour en force des sujets de performance industrielle.

Face à la montée des tensions internationales et à l'accélération des cadences, les industriels redécouvrent que leur compétitivité dépend avant tout de leur capacité à exécuter.

Les interventions ont largement insisté sur les fondamentaux : maîtrise des flux, cartographie des processus, automatisation, robotisation, standardisation des produits, excellence des méthodes industrielles et pilotage de la supply chain.

Dans un environnement où les coûts augmentent et où les capacités industrielles sont sous tension, la performance opérationnelle redevient un facteur de différenciation majeur.

Les organisations capables de produire plus vite, avec davantage de robustesse et moins de variabilité disposeront d'un avantage concurrentiel décisif.

Cette réalité est particulièrement visible dans les secteurs aéronautique et défense où la montée simultanée des besoins crée une pression sans précédent sur les chaînes industrielles.

Le défi des compétences devient aussi critique que celui des capacités industrielles

Parmi les sujets les plus fréquemment évoqués figure celui des compétences.

Les difficultés de recrutement ne sont plus nouvelles dans l'aéronautique. Ce qui change aujourd'hui, c'est que les besoins de la défense viennent s'ajouter à ceux de l'aviation civile.

Cette convergence crée une tension inédite sur certaines compétences techniques critiques.

Les opérateurs qualifiés, les techniciens spécialisés, les profils de maintenance, les experts procédés ou encore certains métiers de l'ingénierie deviennent des ressources stratégiques.

Pour de nombreux acteurs présents au Forum, la question n'est plus seulement de recruter. Elle consiste désormais à former suffisamment vite pour soutenir les montées en cadence attendues dans les prochaines années.

Cette situation pousse progressivement les industriels à réfléchir à de nouvelles approches. La mutualisation de certains dispositifs de formation, le développement de filières communes ou encore les initiatives régionales apparaissent comme des pistes de plus en plus pertinentes pour sécuriser les ressources nécessaires aux futurs ramp-up.

La capacité à développer les compétences pourrait devenir l'un des principaux facteurs limitants de la croissance industrielle.

L'IA est dans toutes les conversations, mais les cas d'usage restent à construire

Autre sujet omniprésent tout au long du Forum : l'intelligence artificielle. L'intérêt est désormais général. Grands groupes, ETI, PME, institutions et collectivités s'interrogent sur son potentiel pour améliorer la compétitivité industrielle. Pour autant, un constat s'impose : si tout le monde parle d'IA, peu d'acteurs savent encore précisément comment en tirer de la valeur à l'échelle industrielle.

Les questions sont nombreuses. Quels cas d'usage prioriser ? Quelles données exploiter ? Quels gains attendre ? Comment sécuriser les usages ? Comment intégrer ces outils dans les processus existants ?

Les échanges ont montré que le véritable enjeu n'est plus technologique. Les solutions existent. La difficulté réside désormais dans leur intégration opérationnelle.

L'IA ne remplace pas une organisation performante. Elle ne corrige pas des données de mauvaise qualité. Elle ne remplace pas non plus l'expertise des équipes. En revanche, lorsqu'elle s'appuie sur des processus maîtrisés et des données fiables, elle devient un formidable accélérateur de performance. C'est probablement l'un des principaux défis des prochaines années pour les industriels : passer du discours sur l'IA à sa mise en œuvre concrète au service des opérations.

Le prochain avantage compétitif sera collectif

Enfin, un dernier enseignement mérite d'être souligné. La compétitivité ne se construit plus uniquement à l'échelle d'une entreprise. Elle se construit à l'échelle d'un écosystème.

Les échanges entre industriels, représentants de la DGA, collectivités et grands groupes ont montré l'importance croissante des logiques de coopération. La visibilité donnée aux fournisseurs, la qualité des relations entre maîtres d'œuvre et partenaires, la capacité à partager les investissements ou encore la structuration des filières régionales deviennent des leviers majeurs de performance.

Cette approche rejoint une réalité observée sur le terrain : un industriel n'est performant que si son écosystème l'est également. Dans les secteurs aéronautique et défense, la compétitivité collective devient progressivement une condition de la souveraineté.

De la souveraineté à la transformation industrielle

Le Forum by Aerospace Valley 2026 a confirmé une tendance de fond : les enjeux de souveraineté, de compétitivité et d'innovation convergent désormais vers une même exigence. Produire mieux. Produire plus vite. Produire durablement.

Les entreprises qui réussiront demain seront celles qui sauront combiner excellence opérationnelle, montée en compétences, maîtrise de la donnée, adoption raisonnée de l'intelligence artificielle et capacité à faire progresser leur écosystème. La souveraineté industrielle ne se gagnera pas uniquement dans les laboratoires ou dans les plans stratégiques. Elle se gagnera dans les usines.

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