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30 septembre 2025
Adapter pour rester offensif : comment l’Europe peut réussir sa transition automobile

Un tournant stratégique pour l’industrie européenne
La décision de la Commission Européenne de réexaminer l’interdiction de la vente de véhicules thermiques prévue pour 2035 marque un moment charnière du Pacte Vert européen.
Initialement pensée pour accélérer la décarbonation, cette échéance se heurte aujourd’hui à plusieurs réalités :
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Un marché du véhicule électrique encore fragile.
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Des infrastructures de recharge insuffisantes.
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Une concurrence internationale, notamment chinoise et américaine, déjà bien installée.
Pour Michael Valentin, Directeur Associé d’OPEO, ce réexamen n’est pas un renoncement mais une nécessité stratégique pour donner du temps et de la visibilité aux industriels européens.
"Dans un contexte de fortes incertitudes, il est essentiel d’optionaliser sa stratégie industrielle : sur les technologies, les implantations et les compétences. C’est la meilleure façon de rester offensif et compétitif, sans risquer des voies sans issue."
Un décalage entre l’investissement industriel et la demande du marché
L’annonce de 2035 a déclenché un mouvement massif d’investissements : construction d’usines de batteries, adaptation des chaînes d’assemblage, développement de nouveaux modèles.
Mais la demande ne suit pas encore au rythme attendu :
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Le prix moyen d’un véhicule électrique reste supérieur à 30 000 €, frein pour de nombreux acheteurs.
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Les infrastructures de recharge sont encore incomplètes et inégalement réparties.
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La maturité du marché reste hétérogène selon les pays européens.
Résultat : certaines usines de batteries installées à marche forcée tournent aujourd’hui en sous-capacité, générant un déséquilibre économique et fragilisant la rentabilité des acteurs.
Dans ce contexte, une approche plus progressive et plus flexible des objectifs permet aux industriels de consolider leurs investissements tout en ajustant leur trajectoire au marché réel.
L’enjeu de compétitivité face aux acteurs chinois et américains
Pendant que l’Europe adapte ses trajectoires, les constructeurs chinois et Tesla bénéficient d’un avantage majeur : le volume.
Avec des coûts unitaires plus faibles et des chaînes de production déjà optimisées, ils sont capables de proposer des véhicules électriques à des prix bien plus attractifs.
Selon Michael Valentin, l’Europe doit éviter la tentation de copier les stratégies existantes et plutôt investir dans les technologies de l’après :
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Nouvelles générations de batteries, plus légères, moins coûteuses et plus performantes.
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Véhicules connectés et logiciels embarqués, pour renforcer la valeur ajoutée et l’expérience client.
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Modèles circulaires et recyclables, plus en phase avec les exigences environnementales de long terme.
"L’Europe dispose toujours d’une formidable capacité de recherche et développement. L’enjeu est de lui donner le temps et les moyens d’investir dans les ruptures technologiques qui feront la différence."
Vers une transition diversifiée et pragmatique
Pour OPEO, l’enseignement majeur de ce moment charnière est clair : aucune technologie unique ne suffira à relever les défis simultanés de la transition énergétique et de la compétitivité industrielle.
Il est crucial d’envisager un panier de solutions complémentaires :
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Hybride, pour accompagner la transition des marchés où les infrastructures électriques ne sont pas encore matures.
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Hydrogène, déjà prometteur dans le secteur des poids lourds et certaines filières industrielles.
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Optimisation des motorisations thermiques, pour réduire les émissions à court terme.
Cette diversification stratégique, soutenue par des investissements ciblés, est la clé pour éviter les voies sans issue et préserver l’emploi dans une filière qui emploie aujourd’hui 13 millions de personnes en Europe.
Un enjeu de réindustrialisation pour l’Europe
La transition automobile ne peut être abordée uniquement sous l’angle climatique.
Elle est aussi un levier majeur de réindustrialisation, de souveraineté technologique et de résilience économique pour le continent.
En tant que partenaire des filières industrielles, OPEO accompagne les acteurs du secteur dans cette transformation :
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Diagnostic des capacités industrielles et de la compétitivité des sites.
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Déploiement d’organisations plus agiles et résilientes, capables de gérer la volatilité des marchés.
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Intégration des nouvelles technologies dans les systèmes de production pour améliorer la productivité et la flexibilité.
Conclusion : transformer le défi en opportunité
Le réexamen de l’horizon 2035 n’est pas un recul : c’est une opportunité pour l’Europe de renforcer sa compétitivité et de construire une trajectoire plus réaliste et plus offensive.
En optionalisation leurs choix industriels et en investissant dans les ruptures technologiques de demain, les acteurs européens peuvent éviter des impasses, sécuriser leurs transitions et redevenir des leaders mondiaux sur le marché du véhicule propre et durable.
Michael Valentin conclut :
"Il faut donner à l’Europe le temps et la flexibilité pour innover et se réindustrialiser afin de rester offensive, plutôt que de subir les règles du jeu fixées par d’autres."
Visionnez l’interview complète de Michael Valentin sur France Info :
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